• Laurent Colon

LES PUBLICS ALLOPHONES

Pourquoi l’accueil, la formation et l’accompagnement des apprentis allophones s’inscrivent pleinement dans la pédagogie de l’alternance.


IDENTIFIER, COMPRENDRE ET PRENDRE EN COMPTE LES BESOINS SPECIFIQUES DU JEUNE

Les apprentis allophones présentent tous des besoins spécifiques. Pour autant ils ne constituent pas un public homogène. Leurs parcours ont pu être très différents avant leur arrivée en formation. Certains, scolarisés normalement dans leur pays d’origine, maîtrisent l’écriture et la lecture dans une autre langue que le français. D’autres ont été scolarisés mais sans parvenir à maîtriser les savoirs de base. D’autres encore, en nombre plus restreint, n’ont pas pu bénéficier, jusqu’alors, d’un apprentissage systématique de la langue écrite.

A leur arrivée au CFA, et quel que soit leur parcours antérieur, ces apprentis sont tous confrontés à la découverte d’un contexte de formation nouveau dont ils ne comprennent pas toujours les attentes et les exigences.

Les habitudes et les conceptions qu’un apprenti allophone a conservées de son parcours d’élève peuvent en effet être éloignées de la réalité du « métier » d’apprenti au CFA. Le décalage peut par exemple concerner ses relations avec les formateurs et les autres apprentis, le droit à l’erreur, le droit à la prise de parole ou à la demande d’explications, les possibilités d’entraide et de coopérations, le rapport au temps et aux délais de réalisation, les modalités et les enjeux des évaluations, l’usage des différents outils et du matériel. Il s’agit de toutes ces connaissances implicites que beaucoup d’apprentis ont construites au fil de leur scolarisation antérieure et qu’un apprenti allophone doit, lui, appréhender dans un délai très bref.

Ces situations diverses et ces écarts culturels nécessitent la mise en place de modalités d’accueil, de formation et d’accompagnement adaptées mais réalistes.


ACCOMPAGNER L’ENTREE ET L’INTEGRATION DU JEUNE DANS LA FORMATION PAR VOIE D’APPRENTISSAGE


Pour favoriser l’intégration dans la formation et réduire ces écarts culturels, certains CFA mettent en place des dispositifs d’accueil spécifiques, et adaptés aux difficultés de compréhension des apprentis allophones. Ils organisent par exemple des découvertes ludiques de l’établissement et de son fonctionnement, mobilisent des apprentis pouvant assurer des témoignages ou des traductions ponctuelles et élaborent parfois des livrets dont la présentation et le lexique sont adaptés.

Ces premiers moments d’intégration sont souvent renforcés par un accompagnement personnalisé assuré par un membre de l’équipe éducative. Les rencontres régulières, dont le calendrier est adapté en fonction des besoins, permettent de lever les implicites, de répondre aux questions et de réaliser des points d’étape.

Un apprenti volontaire peut également apporter une aide efficace lors des premiers mois. L’appellation de cette fonction et des dispositifs d’entraide varie selon les organismes : tutorat, monitorat, parrainage… L’expérience montre qu’il est souhaitable d’en définir les principes et les modalités. L’apprenti volontaire doit en connaître la durée (le plus souvent une ou deux périodes au CFA), la nature des interventions qu’il pourra assurer (aide à la compréhension des consignes, rappel des règles…) et la nature des interventions à éviter (faire à la place, se mettre en difficulté en voulant aider…)

Au sein de chaque groupe en formation, des temps d’échange peuvent également contribuer à l’acceptation des différences et à l’instauration des règles du vivre ensemble. Il est en effet important que les adaptations pédagogiques qui seront mises en place pour certains apprentis soient justifiées par une reconnaissance commune du principe d’équité. Ces temps d’échanges, pouvant s’appuyer sur des témoignages vidéo, sont le plus souvent organisés dans le cadre de l’enseignement moral et civique. Ils mettent en évidence la nécessité de prendre en compte des besoins spécifiques dans leur diversité en évitant la stigmatisation d’un public particulier.

Il est à noter que cet accompagnement dans la découverte et la compréhension des spécificités de l’apprentissage est tout aussi indispensable pour des profils non allophones.


CREER DES PARCOURS INDIVIDUELS DE FORMATION


Il est parfois nécessaire d’adapter les modalités et les outils de positionnement pour identifier plus précisément les compétences des apprentis allophones et prendre en compte les difficultés de compréhension. Le fait de ne pas maîtriser la langue française peut en effet masquer des niveaux de maîtrise avérés, par exemple en mathématiques. Par ailleurs, une bonne maîtrise de l’écrit en langue d’origine est un facteur déterminant pour des apprentissages réussis en langue française. Il peut donc être utile de demander à un apprenti de lire un texte à haute voix et d’écrire deux ou trois phrases en langue dans sa langue d’origine. La fluidité de la lecture et de l’écriture fournira une première appréciation de ses capacités à l’écrit.

La diversité des parcours antérieurs, des compétences et des besoins rend nécessaire l’organisation de parcours individualisés :

- Pour permettre à ceux qui ont besoin de développer les compétences de base et de progresser dans leur maîtrise de la langue orale et écrite, il est possible d’allonger la durée du parcours. Certains organismes ont en ce sens mis en place une formation en trois ans. Il s’agit, lors de la première année, de viser une maîtrise suffisante du français en tant que langue seconde et langue de formation, avant une inclusion dans le parcours ordinaire.

- Pour les apprentis dont le positionnement atteste une maîtrise des compétences de bases, c’est par un étayage pédagogique adapté et des modalités de différenciation qu’il sera possible de pallier les difficultés langagières. Par exemple, pour favoriser un accès plus direct à la compréhension des consignes il est possible d’utiliser d’autres canaux que l’écrit (oral, schémas, pictogrammes…), d’autoriser le recours à la traduction en langue d’origine, de favoriser l’entraide (binômes, tutorat…).

Le plus souvent, les solutions pédagogiques existantes pour accompagner les publics allophones ne sont pas différentes de celles à mettre en place pour accueillir d’autres jeunes présentant des troubles « DYS », ou décrocheurs, ou encore des publics en reconversion (type classe connexe).

Il s’agit de penser des organisations capables de spécifier le besoin de l’apprenant et de créer des parcours de formation prenant en compte l’hétérogénéité des besoins et des compétences déjà maîtrisées : positionnement, accompagnement, modularisation, multi modalité, différenciation pédagogique…


CONTRIBUER AUX APPRENTISSAGES LINGUISTIQUES


La maîtrise du français impacte les différents apprentissages et l’engagement dans la formation. Il s’agit, au sein du CFA et au sein de l’entreprise, d’aider les apprentis allophones à développer progressivement les compétences communicationnelles et langagières nécessaires à la réussite de leur parcours. Pour eux, le français constitue « une langue à apprendre », mais aussi « une langue pour apprendre ». Son apprentissage leur est effet nécessaire pour communiquer efficacement dans les situations de la vie quotidienne mais il n’est pas suffisant. En effet, dans le cadre de leur formation professionnelle, la langue est aussi la matrice indispensable des connaissances, des notions nouvelles et des lexiques spécifiques ; c’est elle également qui permet d’adopter progressivement des comportements intellectuels et relationnels adaptés.

Chaque formateur et chaque maître d’apprentissage apporte sa contribution à cet apprentissage progressif du français en tant que « langue de formation ». C’est en effet en contexte, dans le cadre des différents domaines et des différentes activités professionnelles, que les apprentis allophones s’approprient les compétences langagières nécessaires à leur intégration sociale et professionnelle.


VERS UNE POSTURE D’ACCOMPAGNANT


La posture des formateurs est bien sûr importante. Leur bienveillance, leur confiance et leurs encouragements conditionnent fortement l’engagement des apprentis allophones dans les différentes activités et le dépassement des inévitables erreurs et difficultés. Il en est de même de la posture du maître d’apprentissage.

Un lien étroit entre maîtres d’apprentissage et formateurs permet d’identifier plus précisément les besoins dans le contexte de l’entreprise. Il s’agit ensuite d’accompagner l’apprenti vers des progrès visibles à court terme.

Cette collaboration et cet accompagnement conjoint permettent d’instaurer un contexte sécurisant, exigeant et stimulant pour la réussite des parcours de formation. Il est en effet souvent souligné que les apprentis allophones ne sont pas des apprentis « en difficulté ». Ils sont très souvent plurilingues et donc en capacité de développer rapidement de nouvelles compétences langagières. Ils peuvent également être solidement engagés dans leur projet professionnel et certains ont déjà prouvé, avant d’arriver, leur capacité à faire face à des difficultés importantes.


32 vues0 commentaire